« Si tu pouvais vivre seul dans l'univers, tes soucis disparaîtraient : toute souffrance naît de la rencontre avec autrui. »
— Ichiro Kishimi & Fumitake Koga, Avoir le courage de ne pas être aimé
📖 Résumé
🤝 Les autres ne sont pas des rivaux, mais des camarades.
Une semaine plus tard, le jeune homme revient, furieux. Il annonce au philosophe qu'il se déteste : il ne voit en lui que des défauts. Le philosophe l'écoute, puis lui renvoie une hypothèse déstabilisante : et si le jeune homme avait décidé de ne voir que ses défauts ? En se persuadant qu'il n'a aucune qualité, il se donne une raison de ne pas s'exposer aux autres. Car, selon Adler, presque toute notre souffrance vient d'un seul endroit : les relations interpersonnelles 🤝.
Le philosophe distingue alors trois notions que l'on confond souvent. Le sentiment d'infériorité est normal et même utile : c'est l'écart entre ce que nous sommes et ce que nous souhaitons devenir, et il nous pousse à progresser. Sans lui, nous n'aurions aucune raison de grandir. Le problème commence avec le complexe d'infériorité : là, on transforme ce sentiment en excuse. « À cause de mon manque de diplôme, je ne pourrais jamais réussir » — voilà une phrase qui sert à ne pas essayer. Enfin, le complexe de supériorité est l'envers du même trouble : on se vante, ou bien on se rend intéressant par son propre malheur, pour se sentir au-dessus des autres.
D'où vient cette obsession de se comparer ? Elle vient de l'idée fausse que la vie serait une compétition. Si nous voyions le monde comme un champ de bataille, les autres nous sembleraient forcément des ennemis. Mais Adler propose une autre image : les autres ne sont pas des rivaux, ce sont des camarades 🫶. L'idéal n'est pas de marcher devant ou derrière eux, mais de marcher avec eux, chacun à son rythme. Dans un monde sans compétition, réussir ne signifie plus écraser quelqu'un.
Reste la question des conflits. Le philosophe met le jeune homme en garde contre les luttes de pouvoir. Lorsqu'une personne nous provoque, elle cherche en réalité à nous entraîner dans un combat où l'un devrait l'emporter sur l'autre. Si nous relevions chaque provocation, nous entrerions dans une spirale de vengeance sans fin. La sagesse consiste à ne pas jouer ce jeu. Et surtout, il faut comprendre que reconnaître son erreur n'est pas une défaite : ce serait au contraire une preuve de force 🌟.
Le jeune homme proteste encore, mais quelque chose se fissure en lui. Il était venu accuser le monde ; il commence à voir que ses soucis les plus intimes portent, presque toujours, le visage d'un autre être humain.
🔤 Vocabulaire
| Mot | Signification |
|---|---|
| les relations interpersonnelles (f.) | les liens entre les personnes |
| le sentiment d'infériorité | l'impression d'être en deçà de ce qu'on voudrait être |
| le complexe d'infériorité | l'usage de ce sentiment comme excuse pour ne pas agir |
| le complexe de supériorité | le fait de se croire au-dessus des autres pour se rassurer |
| le défaut | un point faible, une imperfection |
| détester | éprouver une forte aversion |
| la compétition | une lutte pour dépasser les autres |
| le camarade | un compagnon, un égal avec qui on avance |
| la lutte de pouvoir | un conflit où chacun cherche à dominer l'autre |
| provoquer | pousser volontairement quelqu'un à réagir |
| la vengeance | l'acte de rendre le mal pour le mal |
| écraser | dominer en supprimant l'autre |
| se vanter | parler de soi avec excès de fierté |
| l'emporter | gagner, avoir le dessus |
💬 Expressions & Idiomes
| Expression | Signification |
|---|---|
| avoir un compte à régler | vouloir se venger de quelqu'un |
| ne pas entrer dans son jeu | refuser de suivre la provocation de l'autre |
| prendre le dessus | dominer, l'emporter dans un conflit |
| à cause de | en raison de (souvent pour justifier un échec) |
| chacun à son rythme | selon la vitesse et les moyens de chacun |
🧠 Grammaire — Le conditionnel présent
Le conditionnel présent sert à exprimer une hypothèse, une situation imaginée ou une politesse. On le trouve souvent après une condition introduite par si + imparfait.
Formation : radical du futur + terminaisons de l'imparfait (-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient).
| Pronom | pouvoir | sembler | l'emporter |
|---|---|---|---|
| je | pourrais | semblerais | l'emporterais |
| tu | pourrais | semblerais | l'emporterais |
| il/elle | pourrait | semblerait | l'emporterait |
| nous | pourrions | semblerions | l'emporterions |
| vous | pourriez | sembleriez | l'emporteriez |
| ils/elles | pourraient | sembleraient | l'emporteraient |
Exemples tirés du chapitre :
- Si nous voyions le monde comme un combat, les autres nous sembleraient des ennemis.
- Je ne pourrais jamais réussir (= excuse hypothétique).
- Reconnaître son erreur serait une preuve de force.
💡 Astuce : structure typique de l'hypothèse → Si + imparfait, … + conditionnel présent. Si je relevais chaque provocation, j'entrerais dans une spirale sans fin.
✍️ Exercices
2. Associez chaque notion à sa définition
- Sentiment d'infériorité — 2. Complexe d'infériorité — 3. Complexe de supériorité
a) Se vanter ou se rendre intéressant pour se sentir au-dessus des autres.
b) L'écart normal entre ce qu'on est et ce qu'on veut devenir.
c) Utiliser cet écart comme une excuse pour ne pas agir.
Réponses : 1-b — 2-c — 3-a
📝 Glossaire
- les relations interpersonnelles : l'ensemble des liens qui unissent une personne aux autres, source, selon Adler, de tous nos soucis
- le sentiment d'infériorité : la conscience saine d'un écart entre soi et un idéal, qui motive le progrès
- le complexe d'infériorité : la déformation de ce sentiment en excuse permanente pour renoncer à agir
- le camarade : l'autre perçu non comme un concurrent mais comme un compagnon de route, égal et différent
- la lutte de pouvoir : un affrontement où chacun veut avoir raison et dominer, qui débouche sur la vengeance
🔊 Audio
Conseil : La prochaine fois qu'on vous provoque, observez l'envie de « gagner ». Refuser la lutte de pouvoir n'est pas fuir — c'est choisir de ne pas jouer.
✍️ Exercices
1. Complétez avec le conditionnel présent
- Si la vie était une compétition, les autres nous (sembler) des ennemis.
- Sans sentiment d'infériorité, nous n' (avoir) aucune raison de grandir.
- Reconnaître son erreur (être) une preuve de force.
- Si tu relevais la provocation, tu (entrer) dans un conflit sans fin.
2. Vrai ou faux ?
- Pour Adler, la plupart des soucis viennent des relations humaines.
- Le sentiment d'infériorité est toujours néfaste.
- Les autres sont des camarades, pas des rivaux.
- Reconnaître son erreur est une défaite.
3. Mini-expression écrite
- Décrivez en 3-4 phrases une situation où vous vous êtes comparé(e) à quelqu'un. Auriez-vous réagi autrement en voyant cette personne comme un camarade plutôt qu'un rival ? Utilisez au moins un conditionnel présent. Exemple : « Un collègue a été promu avant moi et je l'ai vu comme un adversaire. Si je le considérais comme un camarade, je pourrais lui demander conseil au lieu de l'envier. »